Europe, n° 972. Soren Kierkegaard

Europe, n° 972. Soren Kierkegaard

Europe, n° 972. Soren Kierkegaard
Éditeur: Europe
2010400 pagesISBN 9782351500316
Format: BrochéLangue : Français

Kierkegaard l'avait prédit : «Un jour, non seulement mes écrits, mais ma vie même

et tout le fascinant secret de la machinerie seront minutieusement étudiés.»

Ce propos de l'écrivain et penseur danois trouve écho dans l'une des impressions les plus fortes

que l'on retire de la fréquentation de son oeuvre : le sentiment que la forme de vie entretient

chez lui des rapports intenses avec la forme de pensée et qu'un secret s'abrite au coeur

du dispositif d'écriture. Kierkegaard n'a pas seulement déplacé les enjeux de la philosophie

et ouvert un nouvel espace de pensée, il l'a fait en inventant un «incroyable équivalent

de théâtre», comme le notait Gilles Deleuze, et en construisant autour de son propre nom

une véritable ruche à pseudonymes. Parce qu'il n'entendait pas s'adresser à un «banc de harengs»

anonymes, mais à un lecteur chaque fois unique et réellement existant, et parce que ses écrits

ne visent pas pour l'essentiel à communiquer un savoir mais à éveiller un pouvoir

- ce qui signifie également qu'ils ne cherchent pas à poser une vérité mais à transformer

le rapport à la vérité -, Kierkegaard a donné vie à travers ses pseudonymes

à une maïeutique nouvelle qui va de pair avec une stratégie de la communication indirecte.

Quels que soient les fruits de la réflexion, dans toute relation à une oeuvre, pour Kierkegaard

l'important n'est pas seulement ce que le texte dit, mais ce qu'il fait, et ce que nous en faisons.

Il esquissa un jour son autoportrait en oie sauvage, par opposition aux oies de basse-cour

qui ne connaissent pas la liberté du vol et de la grande migration. Une oie sauvage

qui prend cependant le risque de rester auprès des oies domestiques, pour les gagner

à leur transformation... Ainsi fut Kierkegaard, avec sa manière inégalable de nous réveiller

de nos sommeils dogmatiques, comme le nota Ernst Bloch dans L'Esprit de l'utopie.

Dans ce numéro d' Europe, le cahier consacré au «veilleur de Copenhague»

est suivi de deux ensembles qui ne prétendent pas s'arrimer au premier

pour fixer un triptyque, mais dont les sphères autonomes admettent

de l'une à l'autre certains rapports, résonances et transformations,

s'agissant d'une part des penseurs existentiels dans la France

des années trente - c'est-à-dire de l'existentialisme avant Sartre -,

et d'autre part du romancier Paul Gadenne.

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