Le plus vieux métier du monde ?

Il n'est pas un sujet qui soit plus porteur de clichés, de stéréotypes et de complaisance que la
prostitution. Malgré des avancées réelles et l'apparition -enfin- du sujet au calendrier
politique, on est souvent tenté de croire que la pensée n'a pas évolué depuis vingt cinq siècles.
Mal nécessaire, plus vieux métier du monde, besoins irrépressibles, rien ne nous est épargné.
C'est que la prostitution touche à des points douloureux : le sexe, l'argent et le pouvoir.
Repeinte en rose par le capitalisme libéral pour des raisons sonnantes et trébuchantes,
maquillée glamour, cette vieillerie machiste fait de la résistance. Une union sacrée, solidement
arcboutée sur le «choix» des prostitué-e-s, protège avec virulence le «droit» séculaire des
clients, apparemment vital et intemporel.
Pendant ce temps, l'Europe proxénète arrive à nos portes et les bordels industriels à nos
frontières. L'emploi de «travailleuse du sexe» s'inscrit dans les esprits et les syndicats de
clients dans le paysage social. Une voie royale pour l'hyperprofit. Mais pour qui et à quel prix ?
Et quid des raisons qui enferment un nombre croissant de femmes -et d'hommes- de plus en
plus jeunes, dans pareille impasse ?
Incarnation de l'inégalité entre les femmes et les hommes, huis clos où s'exercent toutes les
violences, la prostitution est porteuse d'enjeux considérables : pour les rapports
femmes/hommes, pour l'image et le statut des femmes dans nos sociétés, pour la lutte contre
la marchandisation de nos vies.
Il est urgent de sortir des vieux schémas, d'extraire la sexualité du champ du marché et de
faire advenir de nouveaux rapports humains ; une révolution culturelle, pas moins. Il se trouve
que cette révolution est en marche. Une société sans prostitution est désormais la ligne
d'horizon. Utopie ? Oui, au sens de Victor Hugo, pour qui «l'utopie d'aujourd'hui est la réalité
de demain.»