Échanger, n° 72. La correction

«Corrigez, corrigez ! Il en restera toujours quelque chose !» Si Beaumarchais
avait hélas amplement raison en ce qui concerne la calomnie, il serait bien
présomptueux d'affirmer qu'il reste toujours quelque chose des corrections
faites en classe. Bien sûr, certaines copies où l'enseignant a prodigué conseils
et annotations sont relues et utilisées. Mais combien échouent dans un
cahier après une lecture superficielle et une écoute distraite de ce qui en a
été dit en classe ? Quel enseignant ne redoute pas ces heures de correction
où ceux qui ont plutôt réussi s'ennuient et où ceux qui ont plutôt échoué,
découragés devant l'ampleur de la tâche, se contentent de recopier les
«bonnes réponses».
Or, si les enseignants persistent à passer un quart de leur temps de travail
à corriger, c'est qu'ils en espèrent un bénéfice pour leurs élèves.
Quelle est alors cette incompréhension persistante et comment éviter que
la correction ne soit perçue par l'élève comme une «fin de partie», après
laquelle on passe à autre chose ?
Ce numéro ouvre des pistes qui s'efforcent de dépasser cet écueil en distinguant
nettement la fonction corrective de la fonction évaluative. Certains
enseignants remplacent leur note par des annotations ; d'autres effectuent
deux corrections, différenciant note de progression et note finale ; d'autres
encore, avant une séquence d'apprentissage, recourent à une évaluation
et à une correction qui permettent à l'élève d'identifier ce qui lui reste à
acquérir et justifient ipso facto de la séquence qui a pour but de l'y aider.
Les pistes sont donc nombreuses pour que corriger son travail soit réellement
le levier qui permet à l'élève d'être acteur de son apprentissage. Car tout
enseignant sait bien que, quelle que soit la qualité de son enseignement,
c'est toujours l'élève, et lui seul, qui se corrige !