Politique africaine, n° 49. L'Europe et l'Afrique : le maillon manquant

L'Afrique, qui fut jadis le terrain d'affrontement privilégié des Européens, serait-elle aujourd'hui, spectatrice impuissante, condamnée à faire les frais de leur réconciliation, à travers un élargissement et un approndissement de la Communauté européenne ? Dans leurs rapports avec l'Afrique, les États de la Communauté européenne semblent en fait écartelés entre une dynamique des échanges, allant vers des désengagements sélectifs, et la prise de conscience de l'impossibilité d'ignorer une zone historiquement et géographiquement si proche.
Le développement de nouveaux liens postule en Afrique de profondes évolutions internes, qu'il s'agisse d'accepter l'ajustement des économies ou de concrétiser des transitions démocratiques impossibles à concevoir sans l'intégration des pays dans des ensembles économiques plus larges. L'Afrique subsaharienne demeure en panne d'économies-relais, capables d'assumer des fonctions d'intégration sous-régionale et de représenter des partenaires de poids.
Hormis l'Afrique du Sud, incontestablement riche de potentialités mais faible au sortir d'années d'apartheid et de boycott, aucun État n'apparaît susceptible d'influer sur son environnement d'une manière comparable au Brésil ou au Mexique. Là réside le maillon manquant pour que puisse intervenir une reconstruction des relations euroafricaines dans un cadre où la proximité régionale ne serait plus seulement une contrainte mais aussi une ressource.