Cosmopolitiques, n° 17. L'eau : un bien commun à composer

La fluidité de l'eau, sa transparence et sa faible saveur
immédiate nous ont longtemps laissé croire qu'elle était une
ressource parmi d'autres. Il a fallu attendre que ses qualités
soient altérées pour qu'on mesure son importance. Et contre
les «marchands irresponsables», il serait aisé de rappeler
son statut de «bien commun». Pourtant, nous devons
désormais apprendre à le recomposer, car il n'a rien de
naturel. Pas de retour en arrière, impossible, ni de solution
miracle proposée par les commissions d'experts ou les
programmes de partis, qui oublient que c'est la méthode de
composition qui compte. Faire de la politique, c'est bien
composer un monde commun et le faire avec le public
concerné. Tous les articles présentés ici montrent bien
comment les connaissances construites selon les procédures
les plus rigoureuses, celles de la science, gagnent en prise
sur le monde dès lors qu'elles sont constituées par les
collectifs qui sont déjà partie prenante du problème. C'est de
l'expérience d'un collectif hétérogène que peuvent naître les
reformulations des problèmes. Après avoir fait la place qui
convient à l'article magistral de D. Schneider sur Forbes, ce
fondateur de l'écologie («le lac comme microcosme»),
l'ouvrage parcourt une partie du champ de l'eau politique,
depuis les plus militantes (l'entretien de Delcasso qui revient
sur sa trajectoire) jusqu'aux plus gestionnaires et techniques
(Lupton et Bauby, Riaux et Richard), des États-Unis au Chili
(Pflieger) en passant par la Suisse (November, Penalas &
Viot), l'Allemagne (Kropp) et diverses régions françaises
(Allouche et Gaudin). Les techniques, les procédures
citoyennes, les traditions, les affects aussi bien que les
modèles financiers constituent les ingrédients de cette eau
recomposée.
Nous pratiquons désormais des «cosmopolitiques» parce que
les liens qui nous attachent à nos mondes ne sont pas à
trancher mais à rediscuter, parce que la complexité est la base
même de toute l'écologie, parce que l'incertitude de notre temps
rend caduques ou ridicules les prétentions dogmatiques ou
technocratiques. Ces «Cahiers théoriques pour l'écologie
politique» se veulent une contribution régulière pour penser
l'activité politique des acteurs qui font tenir ces collectifs incertains,
qui cherchent à recomposer des espaces de pouvoir ouverts.