La France-Turquie : la Turquie vue de France au XVIe siècle

En 1453, les Turcs prennent Constantinople. Rome n'est pas venue au
secours de la seconde capitale de la chrétienté : des querelles dogmatiques
les ont, depuis des siècles, séparées.
Après cette conquête, les armées turques déferlent sur l'Europe.
En Europe, c'est la confusion des esprits. On appelle au combat mais on
doute de la victoire. On prêche que le Turc est le fléau de Dieu envoyé sur
les peuples qui se sont détournés de lui : on prophétise la prochaine fin des
temps. À Rome, on proclame la croisade. Charles Quint s'affirme comme le
rempart de la chrétienté. Soliman le Magnifique contemple ses conquêtes.
François I<sup>er</sup> se tait, il noue des liens discrets avec Constantinople et tient
Rome à distance. Ces trois souverains sont de la même génération : ils ont
à peine plus de vingt ans.
En France, ressuscitant la violence des polémistes byzantins et des
chroniqueurs des premières croisades, naît une «littérature des clercs» qui,
sans relâche, dénonce le Turc, porteur de mort et messager de Mahomet.
Mais d'autres voix se font entendre. Celles de quelques lettrés qui, contre
l'ignorance volontaire, recommandent l'apprentissage des langues orientales.
Celles aussi des voyageurs qui ont visité la Turquie dont ils ont admiré les
monuments, son administration et plus encore la piété de ses habitants sans
pour autant ignorer la dangerosité de sa puissance militaire.
Dans la seconde moitié du siècle, alors que les grands acteurs ont disparu
et que la France est en proie aux discordes sanglantes des guerres de religion,
des voix s'élèvent pour exprimer la nostalgie d'une forme de gouvernance
à la Turque, que d'aucuns disent despotique, tandis que d'autres dressent
des plans minutieusement détaillés pour mettre fin définitivement à la
puissance turque.
À travers les multiples écrits des clercs, des voyageurs et des politiques,
l'auteur dresse le portrait d'une France lieu des fructueuses contradictions
de la Renaissance.