Stéréotypes et archétypes de l'altérité dans l'oeuvre romanesque de Stendhal

Stéréotypes et archétypes de l'altérité dans l'oeuvre romanesque de Stendhal
Contrairement aux philosophes et surtout aux sociologues qui envisagent en général l'altérité comme un « Autre » extérieur, Carl Gustav Jung s'est intéressé à l'altérité intérieure qu'il définit à travers les grands archétypes de la persona , l'Ombre, l' animal/animus et le Soi, et que, dans notre inconscience, nous projetons sur Autrui : nous attribuons alors à l'Autre ou aux autres des caractéristiques qui en fait nous appartiennent. Au cours d'une vie, la prise de conscience progressive de ces projections mène l'individu à intégrer peu à peu une partie de ces contenus inconscients et à les reconnaître comme partie intégrante de sa propre identité. Jung donne le nom d'individuation à ce processus de transformation au cours duquel il s'agit pour chaque individu de devenir ce qu'il est.
L'approche diachronique de quatre romans de Stendhal ( Armance, Le Rouge et le Noir, Lucien Leuwen, La Chartreuse de Parme ) à travers ces présupposés théoriques et méthodologiques, permet d'aborder cet auteur suivant une nouvelle perspective : ses « héros », moins héros qu'il n'y paraît, tentent, sous l'effet de l'amour, de connecter avec cette partie féminine en eux qu'est l' anima ; ils doivent pour cela résoudre les conflits engendrés par leur relation avec leur propre Ombre, avec le Père et la Mère archétypiques. Au fil des romans nous les voyons inverser le sens de la conquête sociale, abandonner progressivement les marques extérieures du succès et les modèles idéologiques (Napoléon) et s'orienter vers une quête toute intérieure, qui se traduit par un changement d'imaginaire et qu'exprime le thème, paradoxal en apparence, de la prison heureuse.