Grammaire française (1623)

Après un demi siècle de succès la Grammaire française rédigée par le Lorrain Joannes Serreius de Badonviller à l'intention de ses élèves germanophones a sombré dans un oubli presque aussi complet que son auteur. Or, au tournant des XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles, cette ultime production de l'enseignement humaniste manifeste un sens pédagogique remarquable. Tout en soulignant la modestie de son projet et sans vouloir être original, l'auteur, soucieux d'efficacité, compose avec méthode un ouvrage simple et pratique à consulter : non seulement il sépare la syntaxe de la morphologie, mais pose aussi les premiers jalons d'une phonétique du français adaptée aux Allemands. Son expérience l'incite à améliorer son oeuvre à deux reprises en l'accompagnant d'un glossaire trilingue. C'est la troisième version de cette grammaire qui est présentée ici : elle offre au lecteur moderne un témoignage irremplaçable des progrès accomplis dans l'enseignement du français depuis le temps où Jean Sturm recommandait une méthode fondée à la fois sur l'étude des règles et les exercices pratiques. Dans cette perspective, l'enseignement des langues vivantes commence à s'émanciper de la tutelle de la pédagogie latine et on peut considérer le manuel de Serreius comme une des premières grammaires françaises modernes destinées à des étrangers.