Julien Gracq

Ni poèmes romanesques ni romans poétiques, les textes de Julien
Gracq contribuent à déplacer les frontières entre le «roman»
et le «poème». Ici, les genres échangent leurs prestiges pour créer
un enchantement nouveau : les mythes du récit d'aventures
se trouvent placés dans une lumière entièrement différente ;
le style purement narratif est évacué au profit d'une prose aussi
lente que somptueuse, qui retarde sans cesse l'événement, jusqu'à
le dissoudre dans le scintillement d'une langue devenue souveraine :
c'est Stevenson et Jules Verne réécrits par Chateaubriand
et André Breton.
Un quart de siècle après la parution de la monographie qu'il avait
consacrée à Julien Gracq dans la collection «Poètes d'aujourd'hui»,
le romancier Ariel Denis a écrit un nouveau texte, qui complète
le précédent en mettant l'accent sur la figure de l'essayiste -
dont la langue reste ancrée dans la poésie la plus haute. Familier
de Gracq depuis longtemps, Ariel Denis s'exprime avec les mots
de l'amitié et tente d'approcher l'oeuvre sous l'horizon du temps.