Simone de Beauvoir : le goût d'une vie

«Je voulais me faire exister pour les autres en leur communi-quant,
de la manière la plus directe, le goût de ma propre vie :
j'y ai à peu près réussi», estime Simone de Beauvoir (1908-1986)
dans Tout compte fait , au terme d'une entreprise autobiographique
sans équivalent dans son siècle.
Fut-elle toujours fidèle à cette volonté ? Manifesté dès l'enfance,
son appétit de vivre, de lire et d'écrire aura poussé l'auteur du
Deuxième Sexe à accueillir l'ambiguïté, la contradiction, parfois
même la duplicité comme autant d'expériences de soi. Jusqu'au
dégoût lorsque, à l'approche de la vieillesse, Sartre lui-même vint
à lui manquer : n'était-il pas son lecteur capital ?
Avec leurs miroirs déformants, leurs trompe-l'oeil, leurs faux
espoirs et leurs désespoirs, les textes de Beauvoir sont une
matière vivante arrachée à «cette mine d'or [...], toute une vie
à vivre». Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Le projet d'une oeuvre-vie,
insiste Jean-Luc Moreau dans ce récit d'un combat
mené depuis l'adolescence pour opposer le «goût de soi» aux
stéréotypes.
Et si Beauvoir tout entière était bien dans ses livres ? À notre
époque d'identification aux images et d'uniformisation du
goût, se pourrait-il qu'ils redonnent sens et actualité à l'existentialisme
? C'est tout l'enjeu de ce portrait biographique, qui
place Simone de Beauvoir à l'épreuve d'elle-même et face aux
exigences de sa liberté.