Peuples, guerres et religions, dans l'Amérique du Nord coloniale

Les missionnaires français des XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> siècles en Amérique ont laissé
de nombreux écrits nourrissant les recherches des historiens, et permettant
d'appréhender le phénomène du «contact» entre les civilisations européennes
et amérindiennes. Partis pour évangéliser des terres inconnues, ces hommes
apprirent à connaître les cultures autochtones, voire à les apprécier à leur
propre surprise, alors qu'ils s'attendaient à ne trouver que des « Barbares »
dans les forêts américaines.
Les jésuites en particulier, publièrent maints récits de leurs voyages, décrivant
en même temps le mode de vie des Amérindiens qui influença la philosophie
européenne de l'époque des Lumières. L'exemple du P. Sébastien Racle, qui
s'immergea plus de trente ans en Acadie chez les Abenakis, est représentatif du
destin singulier de ces hommes de foi. À la croisée des guerres entre Canada
français et Nouvelle-Angleterre, entre catholiques et protestants, il fut tué
en 1724 par les Anglais, victime des conflits politico-religieux de l'époque,
comme de nombreux Amérindiens pris dans les luttes qui modelèrent
l'Amérique post-coloniale.
En ce XXI<sup>e</sup> siècle, l'influence de l'Amérique du Nord sur la «vieille Europe»
est majeure, bien que parfois décriée. À l'inverse, la place que tient
encore la culture française dans l'Amérique du Nord contemporaine,
y compris anglophone, est peut-être sous-estimée. A la lumière des textes
anciens, on s'aperçoit que le contact avec les peuples du « Nouveau Monde »
a modifié progressivement mais profondément les mentalités européennes
à l'époque coloniale, et que les conséquences de la colonisation européenne
continuent, de nos jours encore, à sous-tendre, dans une certaine mesure,
l'évolution de l'Amérique du Nord. Les missionnaires furent des vecteurs
précoces et majeurs de ces influences réciproques.