Ville et environnement : regards croisés sur le monde postcolonial

La ville est un espace pratiqué que l'on a peut-être tendance
à considérer comme évident. Il est pourtant le plus hérité
des espaces, et représente, littéralement et culturellement,
un paradoxe, feuilletage simultané de couches sédimentaires
accumulées - paradoxe qu'intègre déjà, miraculeusement,
son étymologie, si tant est que villa en latin signifie «maison
de campagne» ou «ferme», soit l'antithèse de la
notion moderne de ville. Celle-ci semble être une réalité
que la langue peine à saisir avec précision : la ville nous
environne mais nous ne la concevons qu'approximativement,
«environ».
Ainsi, dans le langage courant, il nous arrive d'employer des
termes divers et vagues tels que la «ville dortoir», la «ville
musée», la «ville verte», la «ville fantôme» ou encore
le «centre-ville» qui déborde de la «vieille ville» et fait
tache d'huile pour occuper des espaces autrefois dévolus à la
campagne ou à la ruralité.
Toutes ces expressions montrent à quel point la ville
est multiple, protéiforme et en constante évolution. Elle
recouvre autant de dimensions que le concept, pratique mais
fourre-tout dans son acception moderne, d'«environnement»,
son corollaire et son antithèse dans le discours de la
modernité. Au final, ces deux notions peuvent-elles être
pensées différemment que de manière antagonique ?
Pour tenter de répondre à cette question, cet ouvrage
propose des «regards croisés» sur un ailleurs lointain
comprenant l'Australie, le Canada et Etats-Unis, souvent
associés à une postcolonialité qui s'intéresse désormais de
près aux problèmes écologiques qui touchent la planète et
au rôle que jouent la terre, le territoire et la nature dans
l'évolution des sociétés humaines.