De la matière à l'action : Aristote et le problème du vivant

Aristote élabore une conception originale et subtile de
l'unité de l'âme et du corps. L'âme du vivant est à son
corps ce qu'est la forme à la matière : elle en est le principe
ou le programme interne d'organisation et de
développement. Leur unité est donc substantielle sans
pour autant qu'ils se confondent. Aristote ouvre ainsi une
voie singulière pour dépasser l'alternative du dualisme
et du monisme. L'unité du composé d'âme et de corps
est selon lui un fait indiscutable et qui, en tant que tel,
n'appelle pas de justification ; mais comment concevoir
l'unité du vivant s'il est fait de deux principes, l'un corporel,
l'autre incorporel ? La solution du paradoxe consiste à
refuser une représentation statique ou purement morphologique
de l'être animé selon laquelle la vie serait la
superposition ou l'addition inexplicable de deux entités
distinctes. Depuis les mouvements organiques les plus
simples jusqu'aux activités les plus élaborées, comme les
actions morales, la vie consiste toujours en une synthèse
de mouvements tout à la fois psychiques et corporels.
L'unité du vivant résulte de la cohérence de ses activités.
Pour le comprendre, il convient d'analyser la contribution
essentielle, mais souvent négligée, que les Petits traités
d'histoire naturelle et le traité Du mouvement des animaux
apportent à la problématique du traité De l'âme. C'est
ce que ce livre entreprend de faire en tissant le lien qui
rattache la matière à l'action et, au-delà, la philosophie du
vivant à la philosophie pratique. Il apporte une contribution
décisive non seulement à la pensée d'Aristote mais au
problème général des rapports de l'âme et du corps.