31, allées Damour : Raymond Guérin, 1905-1955

Écrivain inclassable, victime d'une des plus grandes erreurs
littéraires de l'après-guerre, Raymond Guérin est mort à cinquante
ans. Romancier scandaleux, il reste incompris par son
obsession de tout dire et par une écriture insaisissable qui le
portait à changer délibérément de manière à chacun de ses
livres.
Agent général d'assurances à Bordeaux, il avait commencé
comme garçon d'étage au Crillon, à Paris.
Prisonnier en Allemagne, sous-officier réfractaire, il rata le
Goncourt en 1941. De cette captivité qui le brisa, il revint avec
un livre d'une noirceur irrémédiable, Les Poulpes , chef-d'oeuvre
de dérision écrit dans une langue dont on n'a pas encore
mesuré la profonde originalité.
Découvert par Jean Grenier, admiré par Paulhan, Arland et
Gide, ami de Henri Calet, Henry Miller, Cartier-Bresson et
Malaparte, l'auteur de L'Apprenti a fait exploser les genres littéraires
en forgeant une «mythologie de la réalité».
Polémiste féroce à La Parisienne , il n'acceptait pas le
monde dans lequel il vivait mais surtout ne s'acceptait pas lui-même.
Cet ouvrage n'est pas une biographie littéraire au sens traditionnel.
Après le succès de La Lutte avec l'Ange , Jean-Paul
Kauffmann pousse la porte du 31 allées Damour, s'installe
derrière le bureau de Guérin, s'imprègne de son univers et
retrace le parcours d'un homme tendre et cassant, qui a voulu
incarner de manière pathétique la figure de l'écrivain absolu.