Homo viator : la libre circulation des personnes entre ancienne et nouvelle mondialisation

À comparer aujourd'hui l'Union européenne, structurée par
le traité de Lisbonne et l'ALENA, traité entré en vigueur le
1<sup>er</sup> janvier 1994, qui a créé une zone de libre-échange entre
les États-Unis, le Canada et le Mexique, on ne peut qu'être frappé
par une différence majeure : celle du traitement de la liberté de
circulation des populations. Les tenants du néolibéralisme ont
libéralisé toute forme de circulation (produits, capitaux) sauf celle
des personnes. Ils ont ainsi élevé des murs, des barrières électrifiées
où viennent mourir chaque année des centaines de migrants. Ce que
l'ALENA refuse, la libre circulation des personnes, est précisément
le critère de l'humain.
Marie Monnet fait apparaître une donnée omniprésente et
permanente qui structure les Institutions européennes, mais qui
passait jusque-là inaperçue : il y a une pensée propre à l'Europe
qui anime l'ensemble de sa construction. Cet héritage conceptuel
prend corps depuis l'École de Salamanque, initiée par Francisco
de Vitoria, et se développe jusqu'à maintenant. Marie Monnet
façonne ainsi une histoire volontairement longue et conjointe du
libéralisme et des droits fondamentaux. Aucun travail n'avait offert
jusqu'à nos jours une telle fresque du droit à la mobilité.