Le roman épistolaire

Pourquoi une étude sur un genre désuet en 2013 ?
Pour l'époque de la télévision, du smartphone et des
réseaux sociaux, le roman épistolaire peut-il éveiller autre
chose qu'un intérêt archéologique ? Une nostalgie peut-être.
La «nouvelle critique» y a cherché des exemples
privilégiés de performances formelles, et dans ces dernières
années des romanciers plus nombreux qu'on ne le croirait le
ressuscitent en le réinterprétant. On verra le genre naître de
la courtoisie romane - le premier roman à faire une grande
place aux lettres est italien, et écrit en latin, le premier roman
épistolaire véritable est espagnol -, puis devenir l'une des
expressions favorites de l'honnêteté française, sans jamais
renier ses origines : Werther en Allemagne, Jacopo Ortis
en Italie, le Gustave de M<sup>me</sup> de Krüdener seront comme
les épistoliers du Moyen Âge des «prisonniers d'amour».
Jalonnée par des chefs-d'oeuvre comme les Lettres portugaises
de Guilleragues, La Nouvelle Héloïse, Les Liaisons
dangereuses , cette histoire aboutit aux recherches formelles
d'un Chklovski, d'un Gripari ou de Michel Melot en 1993.
Par-delà les ruptures d'une écriture dont l'esthétique est celle
du discontinu, on relèvera les permanences d'une vocation
à la fois sentimentale et didactique, et de structures qui sont
celles de la séparation et de l'exil.