L'effet de génération : une brève histoire des intellectuels français

L'identification d'une génération ne se réduit
pas à un événement dateur - si ample soit-il -
ni à un ensemble de cohortes démographiques.
Il faut aussi tenir compte d'un nouveau «senti
commun» difficile à cerner, car une génération
intellectuelle n'est pas composée seulement de
gens qui sentent et pensent la même chose : des
divergences, voire des oppositions furieuses
peuvent la traverser.
Comment le montre Michel Winock, ce qui appartient
en propre à tous les membres d'une même
génération est la question dominante (la guerre,
la crise, le communisme, la décolonisation,
Internet, l'écologie, etc.) qui a hanté leur jeunesse ;
les réponses philosophiques et les positions
politiques qu'elle induit peuvent être divergentes
ou contradictoires : elles font système.
La clé générationnelle n'ouvre certainement pas
toutes les portes de l'histoire, mais c'est un outil
précieux lorsqu'on veut avoir une vue d'ensemble
du XX<sup>e</sup> siècle et mieux comprendre les grandes
tendances et tensions idéologiques qui travaillent
notre temps.