Petit dauphin sur la peau du diable

Daniel Gilard a été l'un des pionniers d'une époque devenue mythique :
celle de l'invention de la course au large, de l'éclosion des grandes
épreuves transocéaniques ou circumterrestres.
Équipier de Tabarly sur Pen Duick VI , de Kersauzon sur Kriter , il réalise
son rêve d'être maître à bord... en remportant la toute première édition
de la Mini-Transat en solitaire, une course aujourd'hui encore réservée à
de minuscules voiliers de 6,50 mètres...
À l'époque cette course est jugée déraisonnable voire suicidaire, en tout
cas trop dangereuse. Il est vrai que les bateaux d'alors étaient dépourvus
de balises de détresse, d'électronique de navigation, de moyens de
communication et de sécurité actuels.
Le récit haletant de la victoire de Petit Dauphin , le Serpentaire skippé
par Daniel Gilard, laisse une large place aux souvenirs du scout marin
qu'il fut, de sa traversée de l'Atlantique Nord, seul sur le Muscadet familial,
d'une taille identique à celle de Petit Dauphin. Daniel Gilard ne cache rien
des émotions ressenties durant les jours et les nuits passées à la barre,
sans sommeil : peur, déceptions, colères, hallucinations ; mais aussi
l'exaltation, la certitude de vivre sa vie à pleins poumons qu'apporte la
course au large.
Devenu célèbre après sa victoire, Daniel Gilard construit un splendide
palmarès de skipper en participant à la Route du Rhum, la Twostar, les
Transats anglaises, la Course de l'Europe.
Finalement, le diable a eu sa peau : Daniel Gilard disparaît en mer lors
de la course La Baule-Dakar 1987 disputée en double avec son ami
Halvard Mabire, à bord du maxi-catamaran Jet-Service. Dans le mauvais
temps, Gilard tombe à l'eau et disparaît sans que son coéquipier ne
parvienne à la repêcher.
La mer a pris l'homme, mais ce livre garde vivant tout l'esprit
indomptable d'un marin légendaire. La ville de Nantes, dont il est
originaire, a baptisé de son nom la Maison de la Mer de Nantes.