Richard Wagner, 1813-2013 : quelle Allemagne désirons-nous ?

Il a enfanté les wagnériens : le phénomène, unique dans l'histoire de la
Musique, fait que Wagner, depuis deux siècles, se confond avec le
wagnérisme, c'est-à-dire avec la réception et l'interprétation de ses écrits, de
ses opéras et des mises en scène chargées de les traduire et tisser.
L'herméneutique de cette oeuvre d'art totale mobilise, depuis l'aube de
l'anagogie wagnérienne, amateurs et spécialistes de toutes disciplines. Tous
posent, comme Wagner l'initia, l'unique question d'un rapport à
l'Allemagne, obstacle et modèle. Cette question, marquée par le
pangermanisme et l'antisémitisme, entrelacée dans les transferts culturels
franco-allemands, reflète l'histoire universelle de l'origine du XIX<sup>e</sup> siècle
jusqu'à nos jours. Wagner sert de miroir à nos interrogations sur la décadence
et la refondation de la relation triangulaire entre l'individu, la polis et les
dieux. Sa mythographie dénude les fondations désirantes violentes de
l'humain voué au mimétisme, mais tente, d'un même élan, d'échapper au
dilemme religieux majeur : comment produire du sacré sans sacrifier ?
Héritiers, exégètes et interprètes ont ainsi dû, comme Wagner et d'après
Wagner, dans des contextes marqués par un emballement de la révélation
apocalyptique, organiser une scène référentielle où articuler les deux
fondements de la civilisation occidentale : le tragique grec antique et le
christianisme.