Johnny Depp : du rêve de rockstar au grand cinéma international, la carrière du plus éclectique outsider d'Hollywood

Considéré comme un «rebelle» et un outsider, ce n'est pas sans mal que Johnny
Depp a réussi à se libérer du cliché du «beau et damné» pour s'imposer sur la
scène internationale comme un acteur de talent. En dépit de la réputation de
sex-symbol que les médias lui ont taillée, il a préféré se mesurer à des personnages
complexes et tourmentés et travailler avec des réalisateurs sachant
exprimer la souffrance, la solitude et la diversité.
Loin d'être, comme beaucoup d'artistes, obsédé par son image, il n'hésite pas à
se transformer physiquement. Le visage balafré du protagoniste d' Edward aux
mains d'argent , la calvitie de Raoul Duke dans Las Vegas Parano , le Wonka plastifié
de Charlie et la chocolaterie et le ricanement effrayant de Sweeney Todd
sont un exemple des rôles «extrêmes» pour lesquels l'acteur a modifié sa physionomie
afin de coller au rôle. Sous la direction de grands réalisateurs, de Jim
Jarmusch à Terry Gilliam, en passant par Emir Kusturica, Michael Mann et, naturellement,
Tim Burton (sept films tournés ensemble), Johnny Depp n'a jamais
cessé, comme il l'a déclaré lui-même, de «se mettre à l'épreuve».
Après une longue série de films dictés par des «coups de coeur», Depp a atteint
le succès planétaire à 40 ans avec la saga milliardaire des Pirates des Caraïbes
- amplement étudiée ici -, plaçant sous les feux des projecteurs un genre qui,
après l'ère de Douglas Fairbanks, semblait destiné à l'oubli et à un flop certain
au box-office. Son Jack Sparrow est en revanche entré dans le mythe, avec son
air de flibustier chancelant, funambule sur le fil de l'aventure et du comique,
incarnation parfaite du corsaire postmoderne.
À cet artiste original, qui reste, malgré tout, un outsider, Eleonora Saracino
consacre un approfondissement critique, richement illustré, retraçant l'une des
carrières les plus éclectiques d'Hollywood.