Suicide et alcoolisme en Bretagne au XXe siècle : sociologie, histoire, psychanalyse

Il y a un siècle, la Bretagne était une des régions françaises où l'on se
suicidait le moins. Depuis cinquante ans, elle est la région de France où
l'on se suicide le plus : il y a huit fois plus de suicides chez les habitants
des Côtes-d'Armor et du Finistère que chez les Parisiens. Les analyses de
cette mutation recourent à des approches sociologiques portant sur des
transformations économiques et sociales contemporaines, le changement
linguistique et un hypothétique matriarcat breton.
Notre propos est autre : en considérant que le suicide ne peut se
comprendre sans référence à des processus psychiques inconscients, il pose
l'hypothèse d'une corrélation entre cette forte surmortalité et la rencontre
par une grande partie de la population bretonne d'un réel traumatique au
début du siècle. Ce qui a été exclu du symbolique à une génération peut se
manifester dans le réel dans les suivantes.
Ce parcours nous conduit à préciser l'importance de la réalité du trauma
dans la région suite à la première guerre mondiale, à analyser les modalités
du vécu subjectif du deuil de masse qui en résulta, à montrer les liens
possibles entre ce contexte, la forte mortalité par suicide, les pratiques
alcooliques si présentes également dans la région, et la mutation linguistique
de la Basse-Bretagne.
Le réel de l'histoire et ses suites inconscientes sont ici analysés en croisant
plusieurs disciplines : sociologie, histoire, psychanalyse, littérature. À
partir d'un regard inédit sur la réalité bretonne du dernier siècle, ce propos
ouvre une nouvelle perspective aux analyses sociologiques du suicide et de
l'alcoolisme et apporte un autre éclairage sur certains enjeux de la clinique
contemporaine.