Terreur, trauma, transferts : l'écriture de l'événement dans Falling man, de Don DeLillo

« Ce n'était plus une rue mais un monde, un espace-temps de cendres qui tombaient
et de presque nuit. » Un homme hagard, blessé et couvert de poussière,
portant à la main un attaché-case, émerge des décombres de la tour sud
du World Trade Center et avance tel un automate dans les rues méconnaissables
de Manhattan. À partir de cette image initiale, Don DeLillo
se propose d'écrire ce que fut le 11 septembre 2001, non pas tant
comme un drame de l'histoire aux ramifications complexes, que
comme un événement éminemment subjectif, vécu à hauteur d'hommes
et de femmes, et dont le sens est en permanent devenir sur la distance
du roman. Falling Man inscrit ainsi son action dans un après-coup traumatique,
chroniquant tout particulièrement l'intimité de conscience
d'un couple de quadragénaires, Keith et Lianne, que ce désastre inaugural
a de nouveau rapproché. En un savant agencement de vignettes,
le roman enregistre sur un mode stéréoscopique la dérive hantée de ces
personnages et de leurs proches, s'attachant à la convalescence des
corps meurtris comme à celle des psychismes fracturés. À travers l'impossible
reconstruction des identités, c'est bien aussi une redéfinition
de l'Amérique d'après la chute que propose Falling Man , opposant à la
logique de la terreur un contre-récit polyphonique, foncièrement
empathique et démocratique.