Voltaire nu : Jean-Baptiste Pigalle

Le 6 avril 1770, dix-sept écrivains parmi les plus célèbres représentants du
siècle des Lumières se réunissent dans le salon très parisien de Mme Necker
pour rendre hommage à Voltaire. Une souscription en direction des «gens
de lettres», amis et admirateurs du philosophe, est lancée afin de lui ériger
une statue en marbre. Les souscripteurs - dont les noms sont dévoilés pour
la première fois dans cet ouvrage - sont rapidement nombreux.
Voltaire, d'abord réservé, comprend la portée symbolique de l'entreprise et
accepte de servir de «prête-nom» contre le fanatisme et la persécution.
D'Alembert lui écrit : «Vous recevrez Pigalle, le plus célèbre de nos artistes,
comme Virgile aurait reçu Phidias.»
Jean-Baptiste Pigalle se rend à Ferney pour modeler la tête de Voltaire,
puis exécute dans son atelier le corps nu et décharné d'un vieillard.
Au-delà des critiques railleuses qui vont chercher à attaquer Voltaire en
prenant prétexte de la statue, cette nudité, défendue par Pigalle et Diderot,
va susciter un débat passionné.