Les hommes de traverse

« Il entre dans l'univers de l'autre sans faire de bruit. Il se met au service. Voici qu'il est devenu indispensable. Vous ne comprenez pas ce qui est arrivé. A quel point ni pourquoi ainsi, pour vous, il s'est oublié lui-même. Un jour, debout dans une embrasure, vous vous le demandez. Cela s'est fait à votre insu. Il ne parle jamais de lui, ou si rarement. Il joue jusqu'à l'excès ce rôle, de ne pas dire. Il ne joue pas. Vous êtes Pozzo. Vous le dites esclave. Vous le tenez en laisse, vous l'appelez : Lucky ! Lucky !
La laisse sera une longue écharpe frangée, d'un rouge sombre, un ancien accessoire de théâtre qu'il tenait de sa mère et qu'il vous a donné.
Elle l'attrape au lasso, lui jette l'écharpe autour du cou, le tient prisonnier juste quand il veut sortir, elle l'appelle en riant, Lucky ! Lucky ! Qui le maître, qui l'esclave. »
E.B.