De la guerre de l'ombre aux ombres de la guerre : l'espionnage en Belgique durant la guerre 1914-1918 : histoire et mémoire

La Grande Guerre a fourni à la Belgique quantité de héros « nationaux ». Ces héros forment, dès le début de la guerre, un veritable Olympe patriotique dominé par les figures du Roi-Soldat et de la Reine-Infirmière. Des citoyens anonymes sont également entrés dans cet Olympe. Certaines de ces figures héroïques, parfois célébrées dès la guerre comme les défenseurs de « la Civilisation contre la Barbarie », seront offertes en exemple durant l'entre-deux-guerres aux générations suivantes à travers des monuments ou des cérémonies commémoratives. Parmi ces héros martyrs « morts pour la Patrie », la plupart sont des espions fusillés par l'occupant, qui ont contribué à la défense de la nation en fournissant des renseignements capitaux aux alliés.
Avant la Première Guerre mondiale, la figure de l'espion était essentiellement celle de l'infâme, à laquelle s'attachait une condamnation morale tout imprégnée de peur et de mépris. Cette image de l'espion va se transformer au cours du XX<sup>e</sup> siècle. Certes, elle ne perdra pas toujours sa connotation négative, mais une autre vision, nettement plus valorisante, va progressivement émerger. La noblesse des fins, notamment patriotiques, justifiera les moyens employés, fussent-ils de nature plus douteuse.
Cet ouvrage montre comment la Première Guerre mondiale et ses suites aboutiront à une transformation des représentations de l'espion et de son activité, laquelle ne sera pas sans conséquence sur le phénomène de Résistance lors du conflit suivant.