Du roman noir aux fictions de l'impunité

Ce livre se fonde sur une hypothèse : il existerait, dans la
littérature de l'extrême contemporain et de notre monde
globalisé, un «récit du crime» qui, proche ou éloigné des
formes du roman noir, fait du crime non seulement le geste
transgressif d'un individu mais aussi l'expression collective
d'une communauté sans communauté au sein de laquelle
prévaut l'impunité, attestant de la perte de toute autorité
symbolique de l'État. Si le crime est le lieu commun de
la littérature contemporaine, la fiction romanesque, mais
aussi l'enquête et la chronique, l' actualisent , interrogeant
son caractère à la fois irréductible et banal tout en le
dénonçant comme emblème sanglant de notre monde.
Dans ce volume, les auteurs se sont faits enquêteurs, au sujet
du rapport entre événements traumatiques de l'histoire
récente, voire de l'histoire immédiate, et codes génériques,
poétiques, en Italie et au Mexique principalement.
La portée politique des oeuvres nées de ce rapport semble
au premier abord, indéniable, pourtant elle se donne aussi
bien souvent comme ambiguë. Est encore interrogé le
pouvoir herméneutique du crime dans la tradition littéraire
ou cinématographique russe, dans le roman africain
contemporain, dans l'oeuvre de Michel Houellebecq,
de Jorge Volpi, de Roberto Bolaño ou de David Lynch.