Histoire des Togolais : des origines aux années 1960. Vol. 4. Le refus de l'ordre colonial

Trois expériences coloniales - allemande de 1884 à 1914, anglaise
de 1914 à 1920 sur une partie du Togo allemand, puis française de
1914-1920 à 1960 -, un statut international de territoire sous mandat
de la SDN (de 1920 à 1945), puis sous tutelle de l'ONU (de 1945 à
1960), la revendication de la création d'un territoire éwé, les formes
particulières de la décolonisation (territoire expérimental de la loi-cadre
en 1956) et de la lutte pour l'Indépendance (impossibilité de la création
d'une section Togo du RDA, envoi de pétitions et de pétitionnaires à
l'ONU, envoi de missions de l'ONU dans le Territoire...) ont fait du
Togo (et du Cameroun) un cas singulier d'administration, mais surtout
de décolonisation en Afrique noire française.
La colonisation - domination d'un peuple par un autre, au profit
d'abord du dominant, même si le dominé en tire des avantages certains
- a donc façonné le Togo, avec ses inégalités régionales et ses
disparités sociales, pour le meilleur comme pour le pire. Réunis malgré
eux dans cet État qui est maintenant le leur, les Togolais ont certes
quelques tendances à se diviser, plutôt qu'à se traiter vraiment en
citoyens d'une même mère-patrie (mais l'Histoire n'est-elle pas riche de
récits de frères que leur parenté n'empêche pas de se combattre, et qui,
tôt ou tard, se réconcilient ?). Pourtant, quand ils se comparent à leurs
voisins africains, tous les Togolais, quels que soient leur origine, leur
âge ou leur milieu social, se sentent bien togolais. C'est parce qu'ils ont
une identité très forte, qui leur est spécifique, puisque issue d'une histoire
singulière : leur héritage à tous, leur raison de se sentir «frères»
et concitoyens.
L'État aujourd'hui togolais s'est ainsi formé au fil des décennies
depuis 1884, sur des bases que les auteurs du présent ouvrage ont tenté
d'analyser à travers cette étude. Ont-ils réussi ? Le lecteur en jugera.
Mais d'ores et déjà, la volonté pédagogique de l'ouvrage ne doit pas
être occultée : expliquer aux Togolais ce qui fait d'eux les éléments
indissociables d'une même nation en gestation, riche de la diversité
de ses peuples, de ses cultures, mais, par la force des choses, obligés
de vivre ensemble sur un même territoire, le Togo, «la Terre de nos
aïeux», qu'ils sont tous conviés à bâtir.
Puisse une meilleure connaissance de leur histoire commune aider
les Togolais à mieux se comprendre, à mieux s'accepter, à mieux s'apprécier.