Le peintre Marsabiel

J'entrai et me trouvai tout étourdi du lieu et
du personnage. De la poussière, des ordures,
des tessons de pots, d'horribles loques, des
gravats de la muraille, de la terre de sculpteur
desséchée, formaient de véritables tas. Une
odeur de moisi et d'humide vous affadissait
le coeur. Le personnage, chauve, avec une
immense barbe et deux dents d'une longueur
extraordinaire qui lui tenaient les lèvres
entr'ouvertes, l'air jeune et vieux à la fois,
était lui-même comme un résumé de son atelier,
indescriptible et sordide. Il me dit un salut
profondément respectueux, accompagné d'un
sourire narquois ou banal, qui me troubla.
En même temps mes yeux étaient assaillis
par tant de colorations terribles, par tant
d'énormes toiles suspendues partout, que je
ne sus plus pendant un moment où j'étais et
que je me sentis plein de mélancolie, comme
un homme qui s'est fourré lui-même dans un
guêpier.