Liban : le vivre ensemble, Hsoun, 1994-2000

Avec ses dix-huit communautés - douze chrétiennes, cinq
musulmanes et une juive -, le Liban est souvent considéré comme
l'exemple type d'une société segmentée selon des critères
d'appartenance religieuse.
Le grand mérite de l'ouvrage de Aïda Kanafani-Zahar est
de nous faire découvrir, à partir d'une enquête localisée et approfondie,
comment des Libanais vivent ensemble avec leurs différences religieuses.
Certes, la mémoire des massacres est présente et les processus
de réconciliation engagés entre des villageois druzes et chrétiens
avancent pas à pas : sans effacer les crimes, il s'agit de vivre
avec, de réapprendre à vivre ensemble avec ce passé-là. Le livre
qu'on va lire se focalise sur le vécu d'un village bi-religieux du
Mont Liban : Hsoun, un village habité par des chrétiens maronites
et des musulmans chiites.
Il ne s'agit pas seulement d'une coexistence de deux
communautés, mais d'un véritable échange vecteur de lien social :
la différence, si elle peut être séparatrice et polémogène, peut
aussi être intégratrice et pacificatrice. Loin d'être abolie, elle est
reconnue et respectée nourrissant une civilité interconfessionnelle
reposant sur une bonne connaissance de la religion de l'autre. Il y
a des limites et on sait ne pas les franchir, c'est la base même
du vivre-ensemble de ces maronites et ces chiites qui se sentent
unis comme appartenant à une même terre, celle de leurs ancêtres
et celle qu'ils ont appris à travailler, quelquefois ensemble au nom
de l'entraide traditionnelle entre voisins.
La religion est ici une culture structurante et englobante
pourvoyeuse d'une identité régulièrement vécue à travers
des rites et coutumes qui entretiennent le sentiment d'un entre-soi
symbolique. Une manière d'être, une façon de faire lien, de se
rapporter au monde, de vivre le don et d'accepter la différence...