Ethnologie française, n° 3 (2004). Des poisons : nature ambiguë

L'identification de poisons, l'observation de leurs effets, l'art de
les utiliser et de s'en défendre font partie de l'histoire des savoirs et
des techniques de nombreuses sociétés, passées ou présentes,
rurales, urbaines ou industrielles. Ces produits toxiques d'origine
animale, végétale ou minérale entrent dans des pratiques de pêche et
de chasse, de guerre, de meurtre et de soin, de modification des états
de conscience et de perception. Leur aptitude à subvertir l'ordre du
vivant leur confère, en outre, une efficacité symbolique et religieuse.
Sous le sceau de l'ambiguïté, redoutés autant que convoités, les
subs-tances vénéneuses peuvent nuire, voire entraîner la mort mais
elles peuvent également être bénéfiques. C'est ainsi qu'elles permettent
d'interroger les relations au corps, à la vie et à la mort, les
rapports que les hommes entretiennent à la nature.
Que met-on dans la catégorie des poisons ? Comment se traduit
la fascination qu'ils exercent ? Pourquoi les «herbes» ou les champignons
sont-ils consommés : pour leurs qualités condimentaires et
aromatiques ? pour leurs effets stimulants, hallucinogènes ou
toxiques ? pour les plaisirs qu'ils procurent aux individus nonobstant
les conséquences qui s'ensuivent pour les sociétés ? L'expérience
acquise au contact des poisons n'est-elle pas à l'origine de bon
nombre de pratiques thérapeutiques empiriques, puis de médications
savantes ? Connaître les venins pour mieux soigner, connaître
les salmonelles pour mieux les combattre : à chaque poison, une
histoire, un défi politique et social... Ethnologues, historiens, médecins
et spécialistes des venins et des contre-poisons sont réunis, dans
ce numéro, pour nous éclairer sur cette «culture des poisons», aux
pratiques souvent très discrètes...