Luther et la philosophie : études d'histoire

Par nécessité, un livre sur Luther et la philosophie ne peut qu'être
un livre sur la haine de la philosophie. Que signifie haïr la
philosophie en 1520 ? C'est une question de philosophie, car la
philosophie en est l'objet. Mais c'est aussi une question d'histoire.
Ce livre montre comment une question de la philosophie a pu se
constituer en mobile d'une réforme religieuse. Luther s'est fait une
vocation d'«aboyer contre la philosophie et exhorter à l'Écriture
sainte». Ce mot d'ordre ne se comprend que dans son monde : celui
des livres et des Écritures, de l'École et du cloître, des censures et
des condamnations, celui d'Aristote. Il n'y a pas d'un côté la
Réforme, de l'autre la critique de la philosophie. La Réforme est le
nerf à vif de l'antiphilosophie luthérienne, et l'antiphilosophie a fait
des années 1510-1530 une conjoncture doctrinale à nulle autre
pareille.
L'histoire et elle seule offre les instruments d'une méditation
philosophique de la Réforme. Elle s'impose ici sous ses formes les
plus rigoureuses : histoire de l'Église, de l'Université, histoire de
l'exégèse, histoire du livre. En retour, la Réforme relance l'enquête
sur l'effectivité historique de la philosophie, dans la diversité de ses
rythmes doctrinaux.