Semen, nouvelle série, n° 24. Linguistique et poésie : le poème et ses réseaux

Si la linguistique, dans les années du structuralisme triomphant, était sûre d'elle-même,
de son indépendance et de ses méthodes, elle a dû renoncer aux limites
qu'elle s'était fixées. De la phrase, l'attention s'est déplacée vers le discours, mais
la poésie, dont on avait cru pouvoir définir l'essence, la poéticité, par un écart vis
à vis de la langue ordinaire, a curieusement été tenue à l'écart. Des avancées
considérables ont certes vu le jour dans le domaine de la métrique, la réflexion
sur le rythme a certes été approfondie, mais les théories de l'énonciation, les
recherches sur le sujet, n'ont pas donné lieu à des applications nourries, alors
même que la question du lyrisme aurait pu tirer profit de leurs résultats.
Ce numéro de Semen tente donc d'apporter des éléments de réponse aux questions
que l'on peut se poser sur le fonctionnement linguistique des textes poétiques,
sur la façon dont s'élabore leur signification, sur le rapport de la poésie aux
genres ou à d'autres conduites discursives. Ce n'est sans doute pas dans les structures
grammaticales ni dans le lexique que réside la spécificité du fait poétique, et
il n'est plus possible de le définir comme une langue à part, mais il convient de le
situer au sein d'autres pratiques, dans un va-et-vient entre une perspective
interne au texte, qui n'oublie pas les leçons du structuralisme, et une perspective
externe qui le relie à sa production et à sa réception envisagées dans leurs dimensions
historiques, intertextuelles et pragmatiques. C'est dans cette perspective
que s'inscrivent les articles de ce numéro.