Le regroupement familial des étrangers : conditions, déroulement de la procédure, entrée de la famille en France, installation, remise en cause : analyse, réglementation

Malgré l'encadrement constitutionnel et international qui est censé le protéger
(droit à une vie familiale normale, droit au respect de la vie privée et familiale), le
regroupement familial n'a cessé de faire l'objet de mesures restrictives au cours
des quinze dernières années.
Alors que les chiffres officiels invalident la démonstration, les trois dernières
réformes qu'il a subies (2003, 2006, 2007) ont été présentées comme indispensables
pour faire baisser la part croissante d'admission en France de membres de famille
étrangers, désormais stigmatisés comme «immigration subie». En assénant
devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale, en juillet 2007 que,
« pendant près de trente ans , (...) contre toute logique, la puissance publique a
laissé entrer un flux croissant d'immigration familiale », le ministre de
l'Immigration oublie de préciser que l'essentiel de celle-ci est composée de
conjoints de Français, tandis que le nombre de personnes admises dans le cadre
du regroupement familial n'a cessé, lui, de décroître. De 27 267 en 2002, le nombre
total de personnes entrées en France à ce titre était passé à 26 768 en 2003 pour
diminuer de presque moitié en trois ans : 25 420 en 2004, 22 978 en 2005, 14 371
en 2006 (source Anaem). Il n'empêche : après avoir supprimé l'accès direct à la
carte de résident pour les membres rejoignants et rendu possible le retrait de
leur titre de séjour dans les deux ans qui suivent sa délivrance (2003), augmenté
le délai avant lequel un étranger peut solliciter la venue de sa famille, et instauré
une condition de conformité aux «principes fondamentaux reconnus par les lois
de la République» (2006), le législateur a encore durci, avec la loi Hortefeux du
20 novembre 2007, les conditions du regroupement familial. Le critère de
ressources est plus exigeant, il est créé un «contrat familial d'accueil et
d'intégration», les membres de famille sont soumis, avant leur départ, à une
évaluation de leur connaissance de la langue française et des valeurs de la
République, et des tests ADN peuvent être effectués pour attester de leur lien de
filiation.
Le dispositif analysé dans ce cahier juridique fait de la France, dont les standards
d'accueil des familles étrangères étaient parmi les plus favorables jusqu'au début
des années 2000, un des pays de l'Union européenne où les règles du regroupement
familial sont désormais les plus sévères.