Lili, la rozell et le marimba, n° 3. Vernaculaire et création contemporaine 2019-2022

Le cycle Lili, la rozell et le marimba interroge les relations entre l'art contemporain et les pratiques et savoirs vernaculaires. Il se déploie à Rennes, à La Criée centre d'art contemporain de septembre 2019 à août 2022, à travers des expositions, des événements et des résidences, ainsi que dans les pages d'une revue éponyme, dont voici le troisième numéro.
Les cultures vernaculaires s'expriment au sein de communautés, suivant leurs usages, à la différence des formes véhiculaires qui se diffusent uniformément, hors-sol. Le versant vernaculaire de l'art définirait des pratiques pour lesquelles le contexte serait déterminant. Alors que l'échelle planétaire semble être devenue trop étroite, alors qu'une pensée universaliste a montré les limites de sa prétendue neutralité, de multiples contre-cultures localisées émergent aujourd'hui, manifestant par là la volonté de ceux et celles qui les animent de s'ajuster à des unités précises, de s'inscrire dans des lieux excentrés, de parler les langues d'un territoire... Ces formes d'un renouveau vernaculaire se manifestent comme un vecteur d'ancrage, d'intégration, voire de ralentissement. Alors que se creusent des écarts entre des expressions situées et une culture hégémonique en libre circulation, des liens souterrains connectent ces localités à d'autres, partout dans le monde. Ces tensions entre vernaculaire et véhiculaire structurent nos imaginaires collectifs, que nous soyons convaincus de l'autonomie de l'art ou bien de sa capacité à inventer des formes alternatives.
Ce numéro met la focale sur « l'art contemporain vernaculaire », un mouvement inverse à la course effrénée de notre postmodernité artistique globalisée, un art à la fois sédentaire et connecté à divers pôles locaux dans le monde
Plus précisément, il s'intéresse à des artistes qui quittent les grandes villes, reviennent ou s'installent à « la campagne » : pourquoi font-elles et ils ce choix ? Quels liens tissent-elles et ils avec leur environnement ? Quelles façons d'habiter en artiste un territoire inventent-elles et ils ? Que nous disent-elles et ils des utopies anciennes et des imaginaires actuels ?
La parole est ici largement donnée aux artistes via des entretiens (Aurélie Ferruel & Florentine Guédon en conversation avec Sophie Kaplan ; Hassan Darsi et Florence Renault-Darsi avec Sandrine Wymann, Katia Kameli avec Olivier Hadouchi autour de la figure du cinéaste René Vautier ; la chorégraphe Latifa Laâbissi avec Lotte Arndt ; la curatrice Marianne Lanavère avec Émilie Renard) et des portfolios (John Cornu et Mathilde Vaillant, L'École Parallèle Imaginaire, Le Nouveau Ministère de l'Agriculture).