Poétique, n° 152

La mondialisation et le développement des réseaux d'information bouleversent à ce point
nos codes de communication, notre langage et notre littérature que nous oublions que
le XIX<sup>e</sup> siècle, avec le brutal essor de la presse, fut plongé dans un bouleversement
comparable.
Le présent essai revient sur la naissance de cette civilisation du journal qui entraîna la France
dans l'ère médiatique. Paradoxalement, la littérature se trouve au coeur de ce changement : alors
qu'elle semble submergée par le nouveau régime communicationnel, elle constitue en effet
le seul réservoir de formes poétiques disponible pour inventer l'écriture journalistique. Nourris
par la matrice littéraire et informés par les exigences médiatiques, de nouveaux genres
apparaissent alors dans les quotidiens, tels la chronique, le reportage, l'interview...
Or ces genres manifestent un nouveau rapport au réel, à la fiction, à l'écriture de soi. La
première révolution médiatique est donc également à l'origine de la plupart des grandes
mutations littéraires du XIX<sup>e</sup> siècle, depuis l'invention du réalisme jusqu'à la naissance d'une
poésie du quotidien.
Dans notre environnement médiatique, cet essai témoigne de la capacité de la littérature
à se réinventer.