Réinventer la République : une constitution morale

S'exprimant à Albi le 30 juillet 1903, Jean Jaurès imaginait la République
comme «un grand acte de confiance et un grand acte d'audace». Elle n'était
pas seulement un régime politique mais rapprochait la société de la politique
et apportait à ses membres le lien civique indispensable à toute démocratie.
Cet idéal fut souvent trahi dans les faits. Du moins, beaucoup en France et
dans le monde, lui restèrent fidèles.
L'espoir que Jaurès mettait dans la République semble s'être aujourd'hui dissipé.
Même si elle demeure encore invoquée comme un principe souverain, elle s'est
éloignée de la société. Elle n'assurerait plus le lien civique. Le désenchantement
pour la démocratie se nourrit de l'indifférence, voire de la défiance pour elle.
Parce que la République a été un moment du progrès démocratique, il convient
toujours de la repenser à la lumière de la démocratie. Le lien civique qui unit
les personnes et les citoyens aux valeurs lui confère une véritable constitution
morale. Elle s'affirme dans l'histoire tandis que la philosophie en porte
témoignage.
Cet essai étudie une telle constitution morale. Il l'éclaire par des combats,
des engagements et des savoirs montrant comment la République a été
travaillée par les individus exerçant tout leur droit d'hommes et de femmes
libres. Réinventer la République, c'est bien retrouver cette liberté de penser
et d'agir qui fait les sociétés démocratiques.