Lucifer au couvent : la femme criminelle et l'institution du refuge au siècle des lumières. Satiro contro la soeur de la Croix

Écrivain provençal de langue d'oc, Jean de Cabanes (Aix-en-Provence,
1654-1717) a laissé une oeuvre abondante encore aujourd'hui largement
inédite (pièces de théâtre, contes en vers, récits en prose, etc.) et presque
exclusivement écrite en provençal. La Satiro contro la soeur de la Croix est un
long poème, sans doute composé au tout début du XVIII<sup>e</sup> siècle, dans lequel son
auteur, héritier d'une famille parlementaire aixoise et juriste de formation, s'en
prend, avec un grand luxe de détails et une rare violence, à la soeur Marie-Thérèse
de la Croix, plus connue dans l'oeuvre du parlementaire poète sous le sobriquet
de «la Drouillade», en référence au nom du père de cette dernière, Antoine
Drouilla, barbier chirurgien de La Flèche.
Très longtemps, la figure de la Drouillade est demeurée quasi légendaire
dans sa ville d'adoption. La soeur de la Croix, dont la réputation était
fort sulfureuse, aurait été l'abbesse du Refuge d'Aix de la fin du XVII<sup>e</sup> siècle
au tout début du XVIII<sup>e</sup>, c'est-à-dire la directrice de l'institution chargée
d'accueillir les reprises de justice, ou bien encore toutes celles qui souhaitaient
s'y retirer volontairement pour faire pénitence. Or les propos de Cabanes se
fondent effectivement sur la connaissance des affaires impliquant la soeur de
la Croix, telles que les archives aixoises permettent d'en avoir, partiellement,
connaissance.
On trouvera ici le poème de Cabanes, édité dans
sa langue d'origine, traduit en français par Philippe
Gardy, et annoté par Christophe Regina. Ce texte plein
de verve et riche d'allusions, souvent très précises, aux
protagonistes haut placés de cette affaire et à la vie
de l'époque, est accompagné d'une double étude, littéraire
et historique, concernant l'oeuvre de Cabanes,
sa famille et l'institution de répression que constituait
alors le Refuge aixois.