Mémento de l'histoire du Dauphiné

Avant d'écrire l'Histoire de cette province rattachée au Royaume
de France pendant la Guerre de Cent Ans, il faut la cerner : ce
n'est pas aisé d'autant que si les départements de l'Isère et de la
Drôme sont inclus dans la Région Rhône-Alpes, les Hautes-Alpes
sont devenues provençales après avoir enfanté un grand
connétable très dauphinois et que le Rhône a grignoté l'Isère à
diverses reprises. La présentation physique fut également
laborieuse du fait du relief pour le moins tourmenté.
Des documents récents permettent d'approcher un peu les
premiers occupants du territoire avant les Allobroges, ces «gens
venus d'ailleurs» mais restent un peu floues nos connaissances
sur notre histoire jusqu'aux premiers Dauphins, issus d'une terre
au-delà du Rhône et dont la numérotation même est discutée ! Il
est clair cependant que depuis le Viennois, au début du second
millénaire, ces seigneurs ont construit une puissance féodale qui,
de la Vienne rhodanienne a porté sa capitale à Grenoble.
L'importance de l'ancien Cularo ou Gratianopolis, n'a fait que
croître quand le Dauphiné se vit «transporté vers la France» sous
Humbert II en 1349 et il nous a semblé légitime de consacrer un
chapitre à la capitale des Alpes à la suite de ceux traitant de la
province féodale puis de la province française.
Nos voisins sont nos meilleurs ennemis et les guerres avec le
comté devenu duché de Savoie puis royaume d'Italie marquent
toute l'Histoire du Dauphiné jusqu'à nos jours : Lesdiguières, le
grand connétable, s'est illustré durant celles-ci après avoir
participé largement aux guerres de religion dans une région où
reste visible la marque des Chartreux mais où la Révolution
Française a débuté en 1788 ! D'autres hommes ont combattu
dans la Résistance il y a soixante ans et le drame du Vercors est
revisité.
Le côté rebelle du caractère dauphinois n'est donc pas récent
même si ce caractère est coloré du rouge et du noir stendhaliens
comme le traduit l'admiration populaire pour Bayard, le
«chevalier sans peur et sans reproche», et pour Mandrin, le
«bandit d'honneur», qui ont chacun leur musée. «Fins, faux (ou
féaux) et courtois» disaient d'eux-mêmes les vieux Dauphinois
et cette finesse a permis à Grenoble de tirer grand profit des Jeux
Olympiques d'Hiver de 1968.