Les trous de mémoire

En avril 1961, paraissait, aux
éditions de Minuit, «Les égorgeurs». Ce
livre, salué unanimement par la critique («Le
Monde», «le Canard Enchaîné», «le Monde Libertaire»...)
fut saisi quelques jours après sa sortie.
Depuis lors, hormis l'écriture de quelques petits textes, Benoist
Rey était resté silencieux.
Avec ce livre il reprend la parole, se raconte et raconte. Son milieu
familial. Terrible ! Ses débuts d'apprenti imprimeur. Son cheminement
vers une conscience politique de gauche. L'emprise du Parti Communiste
sur la classe ouvrière. La guerre d'Algérie où il partira comme conscrit.
Son refus de porter les armes. Les horreurs qu'il sera amené à voir en tant
qu'infirmier affecté dans un commando de choc. Le retour à Paris et la confrontation
au silence des pantoufles et à la lâcheté de ceux qui savaient. La
dénonciation de l'intolérable dans «Les égorgeurs». Une réinsertion difficile
dans «la norme». Un engagement politique se construisant au fil de rencontres
de toutes sortes. Avec Sartre, Simone de Beauvoir, Guy Debord, Félix Guattari,
Michel Foucault..., mai 68. L'espérance d'un printemps trop bref. La reprise en
main politique et syndicale de la révolte de la jeunesse. Les grandes luttes de l'après
68 tentant désespérément de renverser la vapeur. Une arrivée toute de
hasard en Ariège.
A travers l'histoire de sa vie Benoist Rey nous brosse un tableau à nul
autre pareil de la vie politique et sociale en France de 1938 à 1972, et
c'est peu dire qu'il comble certains trous de la mémoire collective.
Mais ce livre ne se résume pas à cela !
Ecrit dans une langue simple, alerte, dense, sans fioriture, dépouillée
de tout artifice, constamment arrimée à l'essentiel..., c'est
également une oeuvre littéraire d'une qualité telle
qu'on imagine mal qu'il ne reste pas... dans
notre mémoire !