Nourritures, abondance et identité : une socio-anthropologie de l'alimentation à Tahiti

Au-delà de sa dimension biologique, l'alimentation revêt une dimension sociale et
culturelle essentielle. Revêtant un aspect symbolique central dans la société
polynésienne préeuropéenne, pivot de normes et d'interdits liés au statut social ou
au genre, support d'un culte ancien de l'abondance, l'alimentation constitue un
véritable «fait social total». L'impact sur le système alimentaire du changement
rapide qu'a connu la société tahitienne au cours des deux derniers siècles est mis
en évidence à travers un triple processus d'évolution : la christianisation, la
colonisation, la monétarisation. Les mutations historiques du mangeur tahitien
sont ainsi traitées sous différents aspects : les modes de production et le choix
même des aliments, les prestations et échanges, les types d'alimentation
quotidienne comme festive...
L'étude des pratiques et représentations alimentaires et du rapport au corps
conduit à s'interroger sur les facteurs constitutifs de l'identité ma'ohi
contemporaine et sur les conséquences tant sanitaires (obésité, diabète...) que
sociales et économiques (stratification sociale, perte du sens lié aux aliments...)
des modes actuels d'alimentation - problématiques communes à l'ensemble
des territoires insulaires du Pacifique. L'alimentation est ainsi posée comme
un facteur structurant de l'organisation sociale, basé sur la transmission et
en interaction avec l'évolution du milieu tant écologique qu'économique,
social et culturel.
Couverture : Bobby Holcomb