Synthèse sur l'Espagne impériale de Charles Quint

L'avènement des Habsbourg au début du XVI<sup>e</sup> siècle fut lourd de
conséquences pour l'Espagne, qui se vit projetée sur le devant de la scène
européenne. L'héritier des Maisons d'Autriche et de Bourgogne, Charles de
Gand, devenait aussi, en l'espace de trois ans, roi d'Espagne et Empereur.
Cet excès de puissance, reçue en héritage ou par élection, détermina deux
lignes majeures dans ce règne : la vocation impériale assumée par Charles
Quint, et l'hostilité systématique des autres États.
Chef du Saint-Empire, Charles Quint - pénétré des devoirs attachés à ce
titre - se donna pour mission de sauvegarder l'unité de la Chrétienté
occidentale en assurant la paix entre princes chrétiens, dans la perspective
d'une lutte commune contre l'Infidèle, alors incarné par l'Empire ottoman ;
mais la politique expansionniste de ce dernier imposa à l'Empereur une
attitude purement défensive. D'autant plus que l'Europe était alors menacée
dans son unité religieuse non plus par les seules dissensions des princes mais
par le schisme luthérien ; malgré les efforts déployés par Charles Quint,
l'unité de la Chrétienté occidentale était, au milieu du siècle, définitivement
brisée. En outre l'heure n'était plus à l'universalisme impérial : les puissances
indépendantes - France, Angleterre, Papauté -, voyant dans celle de Charles
Quint une intolérable menace, s'efforcèrent de la rabattre à tout prix.
Le règne fut ainsi grevé par de ruineux conflits, dont l'Empereur assumait
le coût grâce à ses domaines patrimoniaux : Pays-Bas et Espagne. Bien
qu'étrangère à l'Empire cette dernière se trouva impliquée dans la politique
impériale axée sur la lutte contre le roi de France, les Turcs et les
protestants. Elle joua un rôle indéniable - notamment par sa contribution en
hommes et en argent - dans la grande mais onéreuse politique internationale
de son souverain. Elle en sortit ruinée. Mais elle avait acquis - entre 1520 et
1556 - la dimension internationale qui devait faire de la Monarchie
catholique de Philippe II la première puissance mondiale.