Le moi et l'intériorité

Les études ici rassemblées visent à évaluer la légitimité et la
pertinence de deux concepts usuels, le moi et l'intériorité,
dans l'Antiquité grecque principalement.
De ce moi qui occupe d'abondance le champ littéraire et
philosophique, on dit communément qu'il est absent
de la pensée antique. On se propose d'abord d'interroger,
pour éventuellement la remettre en question, cette curieuse
absence. Y a-t-il place, dans le champ antique, pour autre chose
que le «soi», cet impersonnel dégagé des particularités biographiques qui
excède l'individu tout en recelant son identité ? Dans quels concepts
antiques est-on fondé à repérer, autrement distribués, les éléments du
concept moderne de moi ? Quels sont ceux qui, à l'inverse, lui sont abusivement
ralliés ? Plutôt qu'une place vide, ne trouve-t-on pas, chez les
Anciens, un concept alternatif du moi, délié de l'unicité comme de l'intériorité
?
La seconde partie de ce volume vient orienter le programme indiqué par
Jean-Pierre Vernant d'une «histoire de l'intériorité et de l'unicité du moi»
vers une histoire de l'intériorité, c'est-à-dire une histoire des problématisations
de l'intérieur. Si l'organisation mentale et psychique des Grecs n'était
pas orientée vers le dedans, mais vers le dehors, si l'introspection n'est pas
une pratique de fait, comment est apparue l'alliance entre subjectivité et
intérieur que nous présupposons le plus souvent ? Il importait alors d'illustrer
combien cette problématisation de l'intérieur n'est pas exclusive et
d'identifier comment les associations qui la composent peuvent être
dénouées, au profit parfois d'un tout autre paysage conceptuel.