Le voyage à Liverpool

Ma fille venait de rentrer de vacances.
- Tu connais les Beatles ? m'avait-elle demandé.
J'avais répondu oui. Clélia déteste les réponses longues.
- Tu les aimes bien ?
- Oui.
- Tu connais Eleanor Rigby ?
J'étais allé chercher deux compilations des Beatles, et les lui avais
tendues. Elle les avait passées tout le week-end. Au fil des écoutes, des
bouffées de souvenirs se mêlaient à la musique. Quelque chose céda à
l'écoute de For No One. Je retrouvai la mélancolie qui m'avait envahi
quarante ans auparavant. J'en ressentis une volupté ambiguë.
Je décidai d'organiser un voyage à Liverpool pour les dix ans de Clélia
et, un lundi de février 2002, nous débarquâmes sur les bords de la
Mersey.
J'avais cru amener Clélia en voyage, c'était elle qui, désormais, me
prenait par la main. Dans les rues de Liverpool, elle m'avait rendu à
l'innocente splendeur des années soixante. Je lui racontai mon
adolescence au temps du Général.
Clélia a dix ans. Elle aime les Beatles. Son père les a aimés. En chemin, ils
croisent les fantômes des Quatre Garçons de Liverpool et d'Anglais
remarquables, certains en chapeau melon, d'autres en bottes de cuir. En
arpentant les cités de Liverpool le journaliste se rappelle son enfance dans l'Est
de la France, à l'ombre des hauts-fourneaux, puis, avec l'adolescence, la
découverte du rock'n'roll, la vie en communauté et les nourritures
psychédéliques. Il devient road manager d'un groupe pop, découvre le
Swinging London. Tombe amoureux de Mary, qu'il rencontre chez Virgin. Et la
perd... La balade anglaise est devenue étape initiatique.
Le Voyage à Liverpool , c'est une plongée sensible au coeur des relations entre
une fille et son père. C'est aussi la reconstitution, juste et nimbée d'humour, du
temps de l'âge tendre et des têtes de bois.