René fonck : as des as et visionnaire, 1894-1953

Une chape de silence s'est abattue sur un des personnages les plus fascinants
de la première guerre mondiale. Le plus brillant chasseur du groupe des
Cigognes, l'as des as de tout le camp des Alliés aux 75 victoires homologuées,
mais qui en détient plus probablement 125. Titre de gloire qui lui a valu, avec
deux autres Vosgiens, d'être les porte-étendards du fabuleux défilé de la Victoire
du 14 juillet 1919.
Cet as est devenu par la suite un visionnaire implacable qui a parfaitement
analysé les ferments de belligérance contenus dans le traité de Versailles, a
prévu les échéances fatales et surtout a su dégager les caractéristiques d'un futur
conflit, édifier un corps de doctrine et oser préconiser, jusque dans les moindres
détails, les moyens pour la France, pays blessé, exposé et numériquement
inférieur à son voisin germanique, de compenser cette infériorité.
La défaite consommée, cet homme a conservé sa fidélité au vieux chef qui
avait su, lors du premier conflit, discerner le rôle essentiel qui reviendrait à
l'aviation. Au service de ce chef, il a pu rendre au camp des Alliés un inestimable
service en permettant le torpillage du plan hitlérien de traverser l'Espagne,
de s'emparer de Gibraltar et d'envahir l'Afrique du Nord dès 1940.
Ce Vosgien sorti du rang, auquel ses concitoyens ont conservé toute leur
admiration, agace les corps constitués dans un pays où l'accès aux fonctions de
responsabilité est soigneusement balisé et réservé à des élites sorties du sérail.
On préfère l'oubli pour ces personnages irritants, sulfureux, qui ont eu raison
contre les principes, les règles et les écoles de pensée traditionnelles.