L'âme des soleils noirs

Dix ans après, un géant de la Grande Guerre, le maréchal
Foch, en attaque un autre, Georges Clemenceau, qui riposte par
un livre magnifique, Grandeurs et misères d'une victoire , paru en
avril 1930, peu après sa mort. A la fois mémoires et plaidoyer
pour son action à la tête du Gouvernement, l'ouvrage ultime du
prodigieux lutteur présente un témoignage majeur sur le drame
de la guerre et de la paix, la grandeur de l'engagement et la
solitude du pouvoir.
«La complexité de la personnalité de Clemenceau, telle
qu'elle s'est forgée depuis sa jeunesse, s'éclaire ici. Son pessimisme
sur les comportements ordinaires des hommes, sur
l'inanité de beaucoup de gestes accomplis se mêle à la conviction
que, d'effort en effort, l'humanité finira par s'arracher peu
à peu, grâce aux progrès du droit, aux ténèbres primitives
de la barbarie (...). Ainsi fonctionnent les grands caractères
dans l'action : passionnément injustes parfois, magnifiquement
déterminés sur l'essentiel, capables toujours d'adapter leur
jugement à cette multiplicité des rythmes dont l'Histoire est
constituée. Ainsi en va-t-il de Clemenceau, et c'est pour cela
que son livre ultime vibre encore et qu'il nous arrache à toute
tentation d'indifférence envers un monde qu'on aurait pu
croire, à l'étourdie, tellement éloigné du nôtre.»