La conversion du regard : textes et entretiens, 1975-2000. Bernar Venet : logique du neutre. Transparence et opacité

Qu'attendons-nous de la parole d'un artiste ? Qu'elle nous éclaire
sur les méandres et les détails de sa démarche ? Qu'elle nous
fasse entrer dans le secret de sa pratique ? Qu'elle crée entre
lui et nous un espace de confidence et de complicité qui renforcerait
l'impression d'intimité que nous croyons partager
avec l'oeuvre même ?
Tout cela, Bernar Venet ne vous l'offre pas dans les écrits et les
entretiens qui constituent ce volume.
Ce n'est pas le credo des déclarations qu'il rassemble ici sous
ce titre - La Conversion du regard - qui fait synonyme de la
pause qu'il s'était imposée entre 1970 et 1976 dans sa pratique
artistique et qui fut à l'origine du développement de son travail
de «définition» et d'«investigation» théorique.
Certes, B. Venet s'explique dans ces textes, mais avec un strict
désir d'extériorité et de rationalité, et tout semble lié à l'affirmation
d'une «monosémie» conçue pour chasser l'équivoque
et les miasmes de l'expression personnelle.
Mais B. Venet va plus loin encore dans la mise à jour des
modalités de la présentation de soi-même et de l'auto-analyse.
En choisissant d'encadrer ses propos de textes de Thierry
Kuntzel et de Christian Besson, il expose aussi avec une lucidité
peu commune quelles sont les limites discursives d'une
pratique artistique. Et, du même coup, il propose aussi à son
lecteur de penser aux limites du discours critique et historiographique
en l'invitant à comparer ce que le premier écrivait en
1975 et ce que le second met en perspective aujourd'hui.