YHWH ou L'économie du sang : une lecture girardienne de l'Exode biblique

Le livre de l'Exode est proprement hallucinant. C'est qu'il
répond, aux yeux de l'anthropologie girardienne, à une double
exigence sacrificielle, suffisamment maquillée pour respecter les
susceptibilités croissantes des autorités sacerdotales et politiques
à la violence qui ressort de leurs propres traditions : comment
évoquer la consécration d'un peuple, le peuple hébreu, à travers
le sacrifice de ses premiers-nés humains à une époque où de telles
pratiques sont condamnées et remplacées par celles du sacrifice de
certains animaux, ce que représente finalement la Pâque israélite ;
comment rendre compte de l'action d'un chef de ce peuple, le
héros Moïse, dont le prestige et l'autorité sont la contrepartie
positive de son parcours marqué dès la naissance par la violence
et les transgressions aux lois réputées divines, par son activité de
sacrificateur, et par son destin de victime émissaire de ce même
peuple.
Passionné d'anthropologie, hébraïsant et hellénisant, l'auteur applique
au domaine encore mal balisé de la mythologie hébraïque l'esprit
d'investigation rationnelle qui a présidé à sa carrière scientifique
dans les domaines de la recherche en chimie et en statistiques.