Je suis blanche et j'aime le manioc

Vu dans son ensemble, c'est une forêt de planches,
de poteaux et de branches en bambou, chargés de
tubes, de boites, de paquets colorés, de colifichets
et de vêtements d'occasion. Ce grand désordre ne
permet pas à l'oeil de s'arrêter sur un article précis. Ça
grouille de gosses rieurs, de femmes toujours à fière allure,
et d'hommes sapeurs. Les couleurs s'entrechoquent, se
mélangent, se marient ou se fondent entre elles comme
dans un tableau psychédélique. Je prends mon bain de
foule, ou tous corps confondu se frôlent se caressent et se
bousculent. Les dents se découvrent régulièrement pour
afficher un sourire ou un éclat de rire. Les voix chantent et
les yeux vous saluent. Yeux de braise et bouches pulpeuses,
des épaules nues, des muscles brillants de sueur, une
sensualité naturelle enveloppe ces corps lascifs sous cette
chaleur torride.
Au milieu de nulle part, c'est ici que m'est apparu
l'être humain dans toute sa beauté. Ce sont des orchidées
sauvages, des perles ou des diamants bruts. Reste à savoir
quelle sera la machine à mondialiser, à formater ou à exploiter
qui viendra les cueillir...
Ce livre n'est pas seulement un carnet de voyage
mais une plume aiguisée qui raconte les congolais, avec
humour et passion.