Mouvements, n° 73. Un revenu pour exister

Dans notre société capitaliste, c'est le marché qui donne une
valeur au travail, le travail valorisé - c'est-à-dire l'emploi
- qui donne un statut à l'individu, et le statut qui est source
de droits. Dans ce dossier, Mouvements explore la faisabilité et
la portée de la revendication d'un revenu universel permettant
à chacun d'obtenir statut, revenu et droits, et ce quelles que
soient ses activités.
Donné à tous, sans condition ni contrepartie, le revenu universel
introduit un socle de droits. Utopie ambitieuse mais réaliste, il
permet d'envisager une société libérée de l'injonction productiviste
et de l'exploitation salariale. Le revenu universel garantit
à chacun-e de trouver sa place et d'exprimer sa spécificité en
explorant d'autres manières de participer à l'épanouissement collectif
et individuel.
La ville ne fait pas mouvement, et encore moins parti. Aucun mouvement social de
grande ampleur ne se réclamant de la ville n'est apparu sur la scène politique ces
dernières années. Dans les partis politiques, cette question demeure une question
technique qui exclut de facto toute revendication générale de citoyenneté urbaine.
Pourtant, nos villes sont sous tensions : immobilier qui flambe, quartiers relégués
qui s'embrasent, populations roms chassées vers les fumées des périphériques...
L'existence de contre-feux allumés par des associations ou collectifs militants, et
l'ardeur de leurs enthousiasmes indique qu'un imaginaire politique se reconstitue
autour de la question urbaine. De la reprise en main des quartiers par leurs
habitants à la réquisition de logements vacants, c'est le militantisme urbain et sa
capacité à devenir un front des luttes sociales que ce dossier voudrait interroger.