Voyage d'automne en Bretagne

Matilda Betham Edwards (1836-1919), romancière victorienne
surtout renommée pour ses récits de voyage - en
particulier en Afrique du Nord et en France -, a la quarantaine
quand elle effectue un voyage d'un an dans l'Ouest
de la France. Elle débute son périple breton vers la mi-octobre
à Nantes, pour y revenir un mois plus tard après avoir
visité Vannes, Carnac, Locmariaquer, Gavrinis, Quimper,
Pont-l'Abbé, Penmarc'h, Brest, Plougastel-Daoulas, Saint-Pol-de-Léon
et Roscoff, l'île de Batz, Lannion, Ploumanach,
Saint-Brieuc, Pontivy... Une marche vers l'hiver alors que
raccourcissent les jours et que s'installent les pluies et tempêtes.
Matilda, francophile, féministe, volontiers radicale,
voyage en troisième classe et en diligence, souvent «à
la dure». Plus que les monuments, c'est la «perpétuelle
fréquentation de ces campagnards francs et directs» qui
la passionne, le souci de comprendre la déroutante réalité
bretonne qui l'anime, même si elle reste consciente des
limites de sa perceptivité.
Dans une langue riche, coulée, «atmosphérique» (non
dénuée de saillies d'humour britannique !), elle excelle à
évoquer tour à tour la beauté des Bretonnes et de leurs
costumes, les ambiances automnales, le pittoresque rudimentaire
des chambres d'hôtel, la vigueur des traditions,
la convivialité sans artifice qu'elle rencontre partout, tout
en dénonçant vertement certains aspects de la vie bretonne
comme la saleté, la maltraitance des animaux ou le
poids écrasant du clergé.